[N° 575] - L’humidité : les causes et les solutions techniques - Fuites et infiltrations dans le bâti : Les différentes méthodes pour détecter les sources d’humidité

par Paul TURENNE
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Fuites et infiltrations dans le bâti : Les différentes méthodes pour détecter les sources d’humidité

La neutrographie

Technologie particulièrement innovante et efficace, la neutrographie permet, à l’aide d’une sonde à neutrons rapides, sans destruction, ni mise en eau, de découvrir le cheminement de l’infiltration d’eau dans la structure d’un ouvrage et de repérer avec précision l’origine du sinistre sur une cartographie. L’appareil utilisé va générer un flux de neutrons rapides qui vont voyager dans la matière dont on veut connaître le pourcentage d’humidité. Pendant leur trajet, ils vont être ramenés progressivement à un niveau d’énergie bas, suite aux chocs avec les atomes d’hydrogène rencontrés. En effet, plus la quantité d’eau va être importante, plus les atomes d’hydrogène présents dans l’eau vont être nombreux. Deux détecteurs d’hélium vont alors permettre de comptabiliser les neutrons ralentis et, ainsi, de quantifier la réaction. Les épaisseurs contrôlables sont d’un peu moins de 30 cm sur une face et d’environ 60 cm pour deux faces.
Le premier travail consiste à étudier les surfaces à contrôler avec une analyse détaillée des plans, du type de construction, des épaisseurs et des matériaux employés afin de déterminer les masses atomiques. Cette étude préalable est indispensable pour l’interprétation des mesures. Viennent ensuite plusieurs séries de mesures, avec un quadrillage systématique tous les mètres ou 50 cm de la surface à examiner. Après avoir effectué une analyse statistique des données, le technicien peut alors dresser un plan à l’échelle, afin de mettre en évidence les secteurs infiltrés et l’origine du sinistre.

Photo :Fuite détectée sur canalisation - Crédit : aquafuiteplus

La thermographie infrarouge

Outil de diagnostic non destructif, la thermographie infrarouge permet d’identifier avec précision les fuites sur des réseaux encastrés, ainsi que les infiltrations d’eau dans la structure des bâtiments et sur des zones d’étanchéité. La caméra thermographique peut, en effet, mesurer les températures de surface, à savoir le rayonnement thermique de la matière, avec une précision à 0,1°C. Cette technologie de pointe limite ainsi les coûts de recherche de fuite en évitant de casser les habillages des murs pour trouver l’origine du problème. Il devient ainsi possible de localiser des canalisations d’eau ou de chauffage noyées dans une dalle béton par exemple, ou bien encore des fuites dans les toits en terrasse. Les zones humides emmagasinant la chaleur du soleil plus longtemps que les autres, une thermographie d’un mur va donner une idée de l’étendue et du degré d’humidité. De quoi apporter la certitude que toutes les zones humides ont été trouvées et que la moisissure due à un séchage insuffisant, tout comme les dommages qui s’ensuivent, seront évités.
Une caméra thermique va aussi permettre d’agir de manière préventive. Comme les champignons se développent de préférence aux endroits où l’humidité de l’air se condense en petites gouttes, certaines caméras équipées d’un logiciel spécifique vont pouvoir identifier automatiquement les zones dangereuses avec une alarme de couleur sur l’image.

Corrélation acoustique

La détection de fuites par l’exploration acoustique est une technique basée sur l’identification du bruit de la fuite. L’amplitude du bruit augmente, en effet, au fur et à mesure que le technicien suit la canalisation pré-localisée et devient maximum à l’endroit de la fuite. Grâce à «l’aquaphone» muni d’un amplificateur et d’un filtre, une oreille exercée peut identifier le bruit de la fuite dans la gamme de fréquences possibles définies par la nature du fluide et de la matière de la canalisation. Un système de corrélation s’appuyant sur plusieurs enregistrements va alors donner la possibilité de déterminer précisément la localisation de la fuite. A noter que le matériel de dernière génération permet d’écarter tous les bruits parasites, comme les pompes ou les réducteurs de pression, et de travailler sur tous types de matériaux, qu’ils soient anciens (plomb, fonte…) ou récents (PVC, polyéthylène, cuivre…).

Détection acoustique - Crédit : Sewerin

Gaz traceur

L’utilisation d’un gaz traceur peut se révéler très efficace et simple à mettre en œuvre pour détecter des micro-fuites sur des canalisations. Cette technique est avant tout utilisée sur des conduites longues encastrées, sur lesquelles l’écoute électroacoustique et le corrélateur acoustique ne peuvent pas être utilisés pour cause de volume sonore de la fuite trop faible, d’environnement bruyant, ou bien encore de matériaux peu conducteurs du son. Le réseau va ainsi être mis en pression avec un mélange inoffensif d’azote hydrogéné conforme aux normes sanitaires. Ce gaz hautement volatil et susceptible de traverser verticalement un grand nombre de matériaux va passer à travers le moindre petit trou de la canalisation et être identifié facilement au point de résurgence par un appareil de mesure adapté.

Détecteur gaz traceur - Crédit : aquafuiteplus

Inspection vidéo

Cette technique permet d’examiner, à l’aide d’une caméra endoscopique, les parois intérieures des canalisations, cheminées, conduits de ventilation ou gaines techniques diverses. Les gaines sont souvent le lieu d’infiltrations provenant de canalisations d’eau, de vannes, d’eaux usées, d’eaux pluviales, mais aussi de fluides calorifiques. A partir d’un orifice d’une dizaine de millimètres, un endoscope peut également pénétrer dans des murs de parement, des cloisons ou des murs rideaux.
Les fissures, ruptures, raccords défectueux et autres problèmes techniques sont ainsi  rendus visibles par la caméra. Un compteur va ensuite indiquer la distance à laquelle se trouve la fuite. Cette opération peut être complétée par un traçage des canalisations, si nécessaire.

Pour aller plus loin :

Lire (ou relire) également :
• IRC n°551 : Gestion Maintenance, «Problèmes d’humidité : comprendre pour mieux lutter»
• IRC n°555 : Gestion Maintenance, «Qualité de l’air intérieur : un enjeu trop souvent négligé»