Copropriété : Dégât des eaux et convention IRSI

par Sophie Michelin-Mazeran, Journaliste juridique
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copropriété - dégât des eauxDepuis le 1er juin 2018, la convention IRSI (Convention d’intervention et des recours des sinistres immeubles) est venue se substituer à son aïeule la convention CIDRE (Convention d’indemnisation directe et de renonciation à recours en dégâts des Eaux), dans le but de simplifier et d’accélérer tant la gestion que l’indemnisation des sinistres dégâts des eaux et incendie d’un montant inférieur à 5 000 euros HT. Si la convention IRSI a honoré pour partie ses objectifs, des difficultés pratiques se sont pourtant faites jour quant à l’organisation et à la prise en charge de la recherche des fuites. Afin d’y remédier, les assureurs se sont réunis pour définir de nouvelles règles. Une version amendée devait être prête dès le 1er avril 2020, mais la crise sanitaire en a décidé autrement. Il aura fallu attendre le 1er juillet de la même année pour que la convention IRSI revisitée puisse s’appliquer dans les immeubles en copropriété.

Article paru dans les Informations Rapides de la Copropriété numéro 673 de novembre 2021

Avant de revenir sur les dysfonctionnements rencontrés sur le terrain et les solutions qui y ont été apportées, voici un rappel des grands principes de cette convention inter-assureurs qui joue uniquement si les dommages impliquent au moins deux sociétés d’assurance signataires de ladite convention.

Le schéma retenu est le suivant : IRSI couvre les dégâts des eaux et l’incendie pour des dommages dont le montant est inférieur à 5 000 euros HT par local sinistré, à la condition que ces sinistres se produisent dans un immeuble ou un logement individuel, peu importe, concernant ce dernier, son mode d’occupation (nu, meublé, voire vacant). De même, la convention est mobilisable alors même que les dommages proviennent d’un immeuble voisin ou mitoyen.

En outre, elle fonctionne selon le principe du «tout sauf». En clair, seules les exclusions expressément visées par l’IRSI sont opposables, comme les infiltrations par façades, les phénomènes de condensation, d’humidité sans relation avec un dégât des eaux ou encore les sinistres provoquant l’apparition de champignons lignivores ou d’insectes xylophages. 

Avec IRSI, un seul pilote nommé «l’assureur gestionnaire» (c’est-à-dire celui du local où se produit le sinistre) intervient dans la prise en charge de la gestion du dossier d’indemnisation pour le compte de tous les assureurs concernés. A ce titre, il est chargé de constater la matérialité des faits, d’effectuer - si nécessaire - la recherche de fuite, de chiffrer les dégâts, etc.

Selon les situations, il peut alors s’agir :

pour les logements occupés, de l’assureur de l’occupant du bien sinistré quelle que soit sa qualité (propriétaire, locataire ou occupant à titre gratuit) ;

pour les logements vacants, de l’assureur du propriétaire non occupant ;

pour les parties communes de l’immeuble, de l’assureur de l’immeuble.

 

 

La prise en charge du sinistre varie en fonction du montant des dommages causés par le dégât des eaux ou l’incendie (ce n’est donc pas forcément l’assureur gestionnaire qui supporte au final le sinistre). Ici, deux tranches de sinistre sont définies par la convention. 

 

Première tranche : si les dommages ont un coût inférieur ou égal à 1 600 euros HT, c’est l’assureur gestionnaire qui prendra en charge tous les dommages avec renonciation à recours contre l’assureur du responsable. Par exception, une expertise pour compte commun est prévue en cas de sinistres répétitifs ou lorsque la responsabilité d’un tiers à l’immeuble est engagée.

Deuxième tranche : si les dommages sont compris entre 1 600 et 5 000 euros HT, l’assureur gestionnaire est tenu, cette fois, de mandater un expert qui intervient pour le compte de tous les assureurs impliqués, et d’indemniser la victime pour l’intégralité des dommages. Les conclusions du rapport d’expertise sont opposables à l’ensemble des assureurs concernés qui ne peuvent le contester. À  charge ensuite pour l’assureur qui indemnise la victime de se retourner contre le ou les responsables du sinistre. Cette expertise pour compte commun a vocation à simplifier et à accélérer la gestion du sinistre et donc à limiter de façon significative les délais d’indemnisation des assurés.

 

Autre élément notable de la convention dans sa version originelle : les recherches de fuites étaient garanties par l’assureur gestionnaire. Elles correspondaient à des investigations destructives ou non, dans le local sinistré ou dans un autre local, nécessaires pour déterminer l’origine du dégât des eaux. Et les frais de remise en état des équipements endommagés étaient également indemnisés. 

Par ailleurs, la convention distinguait «l’investigation préalable» de la «recherche de fuite» proprement dite. La première était effectuée lors de la déclaration de sinistre, voire en amont, afin de préserver les biens lésés ou d’éviter l’aggravation du sinistre. Elle était prise en charge par l’assureur de celui qui l’avait réclamée et ne donnait pas lieu à remboursement par la convention IRSI. Si ces investigations ne permettaient pas d’identifier l’origine du sinistre, c’est là qu’entrait en scène l’assureur gestionnaire chargé d’organiser une recherche de fuite, puis de la prendre en charge.  

De l’avis général des assureurs, deux bénéfices majeurs sont à mettre au crédit de la convention de 2018 : les occupants lésés des locaux sont indemnisés plus rapidement et sans avoir à supporter de franchise, tandis qu’une diminution du nombre de sinistres pris en charge au titre du contrat multirisques de l’immeuble est à relever. Les assurances des copropriétés ne sont donc plus mises à contribution automatiquement. 

 

Mais ces avancées significatives ne doivent pas occulter les difficultés rencontrées. Il était parfois complexe pour les assureurs des occupants de logements individuels, désignés comme assureurs gestionnaires, d’organiser une recherche de fuite dès lors qu’elle trouvait son origine dans un appartement voisin ou dans les parties communes, d’autant que les plombiers mandatés par ces mêmes assureurs n’étaient pas forcément ceux qui connaissaient le mieux les immeubles.  Des litiges autour de la notion «d’investigation préalable» sont également nés, entraînant des situations de blocage entre les assureurs des occupants et les assureurs de l’immeuble.    

Pour pallier ces problèmes, de nouvelles modalités sur la recherche de fuite sont mises en place depuis le 1er juillet 2020 afin que les rôles respectifs de chaque assureur soient mieux identifiés et plus équilibrés. 

Aujourd’hui, l’assureur gestionnaire n’est plus tenu d’organiser la recherche de fuite en dehors du local de son assuré. Selon les situations, cette recherche échoit à l’assureur de l’occupant, du copropriétaire bailleur ou de l’immeuble (par exemple en cas d’atteintes aux parties communes, ou à titre subsidiaire, dans le local du copropriétaire non assuré).

De plus, la recherche de fuite est réputée garantie sans franchise ni plafond, pour tous les assureurs, y compris les assureurs de responsabilité civile, afin d’inciter le responsable de la fuite à diligenter cette recherche.

Autre novation : la suppression de la notion «d’investigations préalables». Les nouvelles règles concernant l’organisation et la prise en charge des dégâts des eaux sont les mêmes, quel que soit le moment où la recherche de fuite est faite.

A noter, enfin, que le passage en apparent des conduites à l’origine des fuites n’est plus indemnisé au titre de la convention IRSI et relève dorénavant des seules dispositions contractuelles de chaque police d’assurance. 

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