[N°655] - La belle affaire

par Gilles Frémont, directeur copropriété / Président ANGC
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Les dîners du samedi soir sont l’occasion pour les amis de parler de leur appartement, donc de leur immeuble, et donc de leur syndic. «Comment il est, toi, ton syndic ?». «Ah, le mien est vraiment super, disponible et réactif !».


Mes immeubles ne rentrent que par le bouche-à-oreille, sans intermédiaire payant, et lorsque l’ami de mon copropriétaire m’appelle le lundi matin pour savoir si je serais éventuellement intéressé pour gérer sa résidence, je le remercie vivement de son intérêt puis, je lui pose quelques questions : combien de lots ? Quels équipements ? Des projets de travaux ? Des procédures ? Des compteurs d’eau ? Des réunions le soir ?


Mon prix commence à se dessiner.



Puis, je bavarde un peu histoire de mieux se connaître : «Comment ça se passe dans l’immeuble, l’ambiance est-elle bonne ?». Le client commence à se livrer : «Oh, vous savez c’est une petite copropriété tranquille sans histoires, nous avons deux ou trois petits problèmes mais rien de bien méchant et tout est en passe de se régler». Tiens, j’ai déjà entendu ça quelque part. Je le sens quand même sur la réserve alors je creuse encore un peu ; les copropriétaires adorent parler de leurs voisins. «C’est quoi au juste ces deux ou trois petits problèmes ? Dites-moi toujours, je pourrai peut-être vous aider ?». Oui, le syndic est un confident. Il enclenche “la deuxième” : «Un des copropriétaires ne paye pas ses charges, enfin c’est une succession vous comprenez, il y a 50 000 € dehors et les héritiers ne se parlent plus, mais ne vous inquiétez pas l’avocat est sur le dossier, nous allons bientôt saisir l’appartement d’ici deux ans. Il y a aussi un léger soucis avec le voisin du dernier étage qui s’est pris les combles ; le problème n’est pas tant qu’il se soit approprié une partie commune sans autorisation ; c’est surtout qu’il a percé une trémie et que l’un de nos murs porteurs s’est affaissé, mais rien de grave rassurez-vous l’architecte est sur le coup ; il s’était d’ailleurs très bien occupé de nos fissures l’année dernière, on en est très content, lui on le garde». Intéressant, continuez. «Ah oui j’allais oublier, les comptes de l’ancien syndic bénévole ne sont pas très clairs ; il faudra faire un audit, l’administrateur judiciaire n’avait pas retrouvé toutes les pièces. J’admets que c’est un peu le bazar dans les attributions de caves, surtout depuis la refonte des lots ; on attend le modificatif mais on n’a plus de nouvelles du notaire. Mais ne vous inquiétez pas on regardera tout cela ensemble tranquillement, et s’il faut assigner votre prédécesseur on convoquera une assemblée générale extraordinaire».

Je crois que j’en sais assez. «Je vous remercie Monsieur pour toutes ces précisions, je fais le point en interne». Je raccroche le téléphone, circonspect. Je regarde mon assistante sans rien dire, je ferme la fenêtre derrière moi, j’ai un peu froid dans le dos, un frisson, trois fois rien.

 

chronique assurée et rédigée par l’Association nationale des gestionnaires de copropriétéMembre de l'ANGC ? Abonnez-vous à la revue à un tarif préférentiel !
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